Famille franciscaine francophone belge

Nicole Granger nous introduit dans une ' méthode' que beaucoup ont déjà pu expérimenter à l'une ou l'autre de ses sessions…


Dans un premier temps, lire un texte demande la prise en charge, au niveau de la langue, de tous les mots de ce texte.

Quelques uns frappent d'abord, c'est normal.  Mais peu à peu, s'intéresser aux autres mots du texte devient impératif.

Prenons un exemple afin de mieux comprendre ce premier propos.

 

"L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu".


La vie de l'homme est mise en relation avec le pain. Bien des expressions du langage courant font ce lien: gagner son pain, gagner sa vie. On, comprend bien, dès la première lecture, que le pain représente vraiment lui-même, le pain, mais aussi tout ce qui se mange. Cependant, quand on dit "pain"   , on ne dit pas " le caviar, l'ortolan, le foie gras", mais la nourriture de base: le pain, le riz, le soja, le mil…, et on exclut le vin, et même l'eau.

Densité, poids de la nourriture de base, sont les suggestions qui fournissent le mot pain, avec la simplicité élémentaire du  verbe:"vit", l'homme "vit": trois petites lettres pour un verbe au présent.

 

Et dans ce membre de phrase, une restriction, "pas seulement": un manque est désigné, mais ce manque va aussitôt cesser de béer, sauver le lecteur de l'extravagance des hypothèses dès le relance du "mais" pour poser en face de "pain", "parole" – en français deux mots qui commencent par deux lettres identiques, "pa", mais qui divergent dans le son (pain, parole). Dans le rapprochement, la presque contiguïté de ces deux mots, s'insinue l'opposition de l'humain et du religieux, opposition qu'un examen attentif rend moins ferme qu'il n'y paraît.

 

Le pain, c'est vrai, entre dans le corps pour le nourrir, ouvrant la gamme du concret; mais le texte, qui fournit "sort de la bouche", exclut "entrer dans le corps". Il n'est pas question de nourriture, mais de vie. On quitte ainsi la simplicité du quotidien pour faire place à toute la complexité de l'humain.

Quant au mot " parole", le singulier fait de lui un terme qui tend à l'abstrait, par opposition à la fluidité, à la diversité que suggérerait le pluriel "paroles". Ce singulier, appuyé par le mot "Dieu" qui le complète, désigne la gamme du religieux, du sacré, du spirituel.

 

Mais cette "parole" est qualifiée:" qui sort de la bouche de Dieu". Entre elle et Dieu, il y a place pour "sortir", pour "bouche", termes bien incrustés dans le concret. A cause du verbe "vit", seul à régner sur les deux membres de phrase, la gamme du concret se spiritualise, la gamme du religieux se concrétise, et la phrase glisse sans heurts de "l'homme" à "Dieu". Sans heurts? Pas tout à fait; rappelons-nous la négation "ne…pas", la restriction "seulement", l'objection "mais" et surtout l'aspect relationnel, car le verbe vivre n'est pas un verbe absolu, puisqu'il s'agit de vivre de.

 

Ici, commence une autre démarche, qui ne relève plus de la prise en charge du texte, mais de l'interprétation.

Si l'homme vit de pain, de parole, de quoi meurt-il?

Qu'est-ce que la bouche de Dieu? Le Dieu des chrétiens a une bouche, donc un corps.

    La bouche de Dieu, c'est quelqu'un qui  parle. Quelqu'un? Quelques uns? Tous? Voilà le type de questions que l'on pourrait se poser.  

 

Comme on peut le constater à partir de cet exemple, lire, c'est toute une série d'actes très différents, que l'on peut essayer d'évoquer:

 Lire pour s'informer va de la consultation d'une recette jusqu'à celle du quotidien ou de l'hebdomadaire.

    On sait cependant que l'information, pour être équilibrée, a besoin de la diversité- même pour les recettes de cuisine!

Lire pour se distraire repose sur la formation, au cours du temps, du goût personnel, qui n'est pas forcément fixé.

Lire pour s'instruire demande que se précise un rapport, là aussi personnel, au savoir; l'usage du discernement est fortement sollicité.

 Lire pour  se nourrir d'une parole, qu'elle soit profane ou religieuse.

    C'est cette modalité de lecture que l'exemple précédent a mis en lumière.

    C'est une attitude d'accueil au niveau de la prise de conscience de ce que dit vraiment le texte dans une lecture lente, attentive,

    qui "trouve les sens" en les "nommant". Une fois que le texte est lu de cette manière, sans préjugés favorables ou défavorables,

    au fond comme une série de faits de langue, surviennent les questions de compréhension, puis d'interprétation.  

    En tout état de cause, il vaut mieux se défier alors de son seul jugement et raisonner en groupe dans cette deuxième étape,

    à la condition toutefois que la "lecture" de chacun des membres du groupe soit respectée, et appuyée rigoureusement sur le texte.

    Se soumettre à ce qui est sous les yeux et quasiment sous les doigts de chaque lecteur, est la condition sine qua non

    d'une lecture authentique.

 


Témoignage de Bernadette Aubry de la communauté St François de Bastogne

Et pour chacun?

Ce temps de formation est un temps fort et personnel dans notre démarche évangélique.

François a vécu l'évangile de manière radicale, ce temps de partage est donc un temps de Vie, de fraternité, de joie, de tolérance. Pour y participer, il n'y a pas de prérequis, il suffit de se laisser imprégner par la parole, de se laisser porter par François, de se laisser conduire par Nicole et chacun repart grandi, fortifié et riche de ses pauvretés.