Méditation, Juin-Juillet-Août 2010

 

 

 

 

 

 

 

 


  

Invitation à la prière d’émerveillement


 


Un matin, François très malade était entouré de quelques frères,

il se réveilla tout joyeux et leur dit :

 

 

«Pour la gloire de Dieu, pour ma consolation et l’édification du prochain, je veux composer une nouvelle «  Laude du Seigneur » pour ses créatures. Chaque jour, celles-ci servent à nos besoins, sans elles, nous ne pourrions vivre, et par elles, le genre humain offense beaucoup le Créateur. Chaque jour aussi nous méconnaissons un si grand bienfait en ne louant pas comme nous le devrions le Créateur et Dispensateur de tous ces dons. »


 

Il s’assit, se concentra un moment puis s’écria :


« Très haut, tout puissant et bon Seigneur...

Loué sois-tu pour sœur notre mère la terre

qui nous gouverne et qui nous nourrit,

qui produit les fleurs colorées et l’herbe…»


 

Et il composa sur ces paroles une mélodie qu’il enseigna à ses compagnons. 

 

d’après la Légende de Pérouse n°43

 

 

 



 

 

 

« Nous vivons généralement étourdis au sens fort du mot, non seulement en gens distraits qui passons vite sans regarder, mais en esprits anesthésiés qui ne réagissons plus à ce qui nous sollicite avec pudeur, en nous faisant confiance. (…) Au-delà de ses laideurs et de ses souffrances, le monde est extraordinairement beau et ne cesse pas de croire que nous le reconnaîtrons.(…) L’émerveillement donne tort à l’opacité et ne consent pas à l’extinction du rayonnement des choses. (…) il ne faut pas que se vérifie l’avertissement de Chesterton selon lequel ce n’est pas la merveille, mais l’émerveillement qui manque ; il faut céder à la surprise qui nous réveille de nos stupeurs moroses, nous arrache à nos horizons ternes et nous réintroduit dans les espaces du ravissement que suscite l’univers. »


M. Hubaut et J. Bastaire

« Approche franciscaine de l’écologie »

éf 2007 p. 107-10 8 

 





 

 

 

 


« Le bruissement inaudible de la forêt qui pousse,

 c’est la conspiration de l’amour, silencieuse,

 dont personne jamais ne parlera.

 Toutes les mères qui, de bon matin,

 réchauffent un chocolat chaud pour leurs enfants,

 les êtres qui se regardent et qui s’aiment, portent le monde. »


 

               Christiane Singer  « L’alliance sacrée »

               Noms de dieux, Alice éditions 2001 p. 46

 

 

 

Que ta création au complet laisse jaillir sa gratitude.

Que tes amis bénissent Ton Nom !

Qu’ils disent la joie du monde nouveau

Que Tu prépares.

Qu’ils racontent ton incroyable défi !

 

Toutes les créatures tendent vers toi

Leur immense attente.

Tu es prêt à combler leur désir.

Il te suffit d’ouvrir ta main.

Et l’homme a trouvé le nom de la faim

Qui le dévore.

 

Le Seigneur est justice en tous ses chemins.

Il est Amour en tous ses actes.

Il est proche de ceux qui se confient à Lui,

Ceux qui crient vers Lui avec sincérité.


Psaume 144 (traduction de Stan Rougier)



 

 

Prier avec Claire

 

 


  Sœur Maggy


 

Et si nous commencions à nous alléger ?



Deux gestes forts posés par Jésus et François évoquent pour moi la dépossession. Il s’agit de quitter ses vêtements.

Au soir du Jeudi Saint, après le repas, Jésus se lève de table et pose ses vêtements puis se ceint d’un linge et lave les pieds de ses disciples. Et après ce geste de tendresse autant que de service, il reprendra ses vêtements. Voilà comment il nous donne librement sa vie et nous invite à aimer comme lui en nous lavant les pieds les uns les autres. (Jn 13, 1-17)

Au moment du procès avec son père, François se dépouille librement de tous ses habits et les dépose aux pieds de celui-ci. Geste un peu fou, excès de dépouillement car il était seulement question d’argent ! Quelle belle  liberté intérieure  met François en mouvement ! Alors, il peut dire « Notre Père qui es aux cieux… », il entre dans le don de soi à Dieu avec toute la communauté humaine dont il est solidaire. Il prie le  « notre »Père,  celui des cieux étant celui de tous y compris Pierre Bernardone dont il est le fils renié, déshérité.

 

    

Qu’avons-nous à faire aujourd’hui avec ces histoires de vêtements ? A quels détachements sommes-nous appelés pour mieux aimer ? Il y a les allègements volontaires et les dépossessions imposées : options pour un mode de vie simple plus respectueux de la terre et de ses habitants, épreuves de santé, changements professionnels, renoncements qui découlent d’un nouvel état de vie  etc…Ce que nous quittons ou les pertes auxquelles nous consentons rejoint le geste de déposer ses vêtements pour prendre élan pour un nouveau départ.

Dans sa première lettre à Agnès de Prague, Claire l’encourage dans son désir d’entrer au monastère de sa ville.  Elle explique comment suivre Jésus pauvre est une expérience de dépouillement joyeux qui offre la vie en abondance.

 

« Vous avez appris que le Seigneur promet et donne le Royaume des cieux seulement aux pauvres. En effet, quand on aime une chose temporelle, on perd le fruit de l’amour. Un homme vêtu ne peut lutter contre quelqu’un de nu, parce que celui qui donne prise est plus vite jeté à terre.  C’est pourquoi vous avez rejeté les vêtements, c’est-à-dire les richesses temporelles pour éviter absolument de succomber devant celui qui vous attaque. Quel merveilleux échange : laisser les biens temporels pour ceux qui durent toujours, recevoir cent pour un et posséder la vie heureuse qui ne finit pas. » (1 LAg ) De tels conseils lancent le défi du choix de ses richesses : si je me débarrasse de richesses qui n’ont qu’un temps et qui ne donnent pas d’aimer, promesse m’est faite de me sentir accompagnée par le Seigneur et de marcher à l’infini sur les terres de la bonté.

Un auteur contemporain, Christian Bobin dira plus simplement que Claire : « J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est approché pour voir ce qui se passait. »

Et si nous commencions à nous déposséder pour voir qui passera ?

 

Maggy